Syd – FIN

Syd – FIN

Discrète est un euphémisme pour décrire l’éternelle réservée DJ de Odd Future. Dorénavant propulsée sur le devant de la scène, presque malgré elle, avec son groupe The Internet, Syd tha Kid doit mettre à mal sa timidité maladive. Comme pour aller dans le fond des choses et affronter seule ses peurs, la chanteuse nous propose un premier album en solitaire : FIN. En aucun cas cette démarche personnelle ne signifie la mort du collectif, soyons donc rassurés et profitons pleinement, en toute détente de l’effort individuel de la californienne.

L’anonymat se levant peu à peu, c’est avec le vent en poupe que Syd avoue qu’aujourd’hui, c’est elle le point d’intérêt (« All About Me »). Avec un coup de pouce de son compère Steve Lacy pour ce premier single, la chanteuse bombe le torse et s’affirme. Que sa voix d’ange innocent ne nous trompe pas, son ton rauque et parfois même glacial nous rappelle qu’elle aussi gagne en confiance, sa notoriété florissante (« Shake ‘Em Off »).

Introduce you to the new me, my life’s a movie
All I need is a Karreuche, these women choosing
Hop yo ass in this jacuzzi and bring it to me
You know I’m the truth but you wanna see the proof well

Sa musique adoucit les mœurs en même temps de lui servir d’exutoire. Ses émotions transpirent au travers de chaque note émanant de son organe vocale. Ses déceptions amoureuses, les coups bas reçus, les nuits blanches de doute. Tous ces maux les plus intimes que l’on pressentait dans son travail au sein de The Internet, Syd se permet d’être davantage elle, sa propre personne et d’exposer ses faiblesses aussi bien que ses forces.

En effet, Sydney Bennett ne dupe pas tout son monde : malgré son gain en assurance et sa prise d’aplomb, l’ultime morceau (« Insecurities ») est là pour remettre les points sur les « i » : le manque de confiance en soi ne lui permet pas de quitter la fille qu’elle fréquente alors qu’elle sait pertinemment qu’elle mérite mieux.

You can thank my insecurities
For keeping me around you babe
I pack my bags but never leave
‘Cause it’s so hard to walk away

« Ne jamais juger un livre à sa couverture », la première phrase qui vient en tête lorsque l’on se fait envouter par la délicatesse de Syd. La surprise, l’émotion puis la quiétude. Un timbre grave fait place à la voix suave. Le phrasé court, presque rappé, va ensuite caresser les plus hautes notes atteignables pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

De Aaliyah jusqu’au chopped-n-screwed, les influences entendues sur FIN sont diverses et très variées. Ce qui rend l’œuvre globale intemporelle, comme suspendue au fil du temps, pour ne jamais toucher terre pour s’y poser. La délicate et précieuse Syd s’affirme, seule et forte mais toujours entourée de ses n*ggaz, pour toujours.

Today I’m only human, but know that when I die
My grave gone be my music, my soul is living through it baby

Soutenez Syd en achetant FIN.

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Lupe Fiasco – DROGAS LIGHT

Lupe Fiasco – DROGAS LIGHT

Deux années se sont écoulées depuis la sortie de TETSUO & YOUTH, l’album qui a réconforté une large partie de ses adorateurs de la première heure et Lupe Fiasco (j’en avais parlé ici à l’époque). On s’est dit (nous les fans) qu’avec cet ultime album au sein du diabolique label Atlantic Records, le rappeur de Chicago quittait pour de bon les méandres dans lesquels il était plongé depuis une dizaine d’années. Il s’est même dépêché d’annoncer une trilogie suite à ce départ tant attendu : DROGAS LIGHT, DROGAS et SKULLS.

Suite de la chronique sur NowPlaying Magazine.