Que ce soit par l’influence de Ghostface Killah et son masque type Jason X, qu’il portait à ses débuts, ou une autre raison inexpliquée, ScHoolboy Q met en avant sur la pochette de ses projets sa fascination pour les visages cagoulés (excepté pour SETBACKS). BLANK FACE LP ne déroge pas à la règle, 4e album sous l’étendard Top Dawg et le second chez le poids lourd Interscope.

Told me stay in scHool, my dream was just a small percentage
Said a million wasn’t realistic
Last year I spent it, wHat’s tHe laws of pHysics ?

L’après succès d’OXYMORON n’a pas été si simple à vivre malgré les bénéfices engendrés. Entre les vieilles connaissances qui sont revenues par simple intérêt monétaire et les heures perdues avec sa fille, Q a mis pas mal de temps pour donner signe de la gestation d’un nouveau projet. On en serait presque venu à douter d’une quelconque envie de retour jusqu’à ce que « Groovy Tony » ne vienne foutre le feu aux poudres. Premier extrait explosif et cette fois l’hommage à Ghostface Killah aka Tony Starks n’est plus un doute. Wavy Q reprend son rôle de brut et de truand (laissant le rôle du bon à qui le voudra), une lame de couteau logée entre les dents et un semi-automatique au bout des doigts. Tout ça c’était même avant que le doyen Jadakiss vienne marquer le morceau au fer rouge avec sa voix que l’on reconnait parmi toute autre.

All I hear, « Gimme, gimme »
When y’all was sleepin’, who was workin’ with me

L’odeur de sang n’est pas la seule chose qui vient titiller les sens de ScHoolboy malgré tout. Non, un arrière goût lui reste dans la bouche également, une amertume quant aux profiteurs qui sont revenus vers lui suite à son récent succès. « Know Ya Wrong » cerne parfaitement l’état d’esprit dans lequel le rappeur de South Central est à ce sujet. Un morceau dans lequel ce dernier surprend par sa subtilité et sa musicalité. Bien servi par une production de Alchemist et J.LBS pour la seconde partie (qui reprend le synthé de « Gumbo » de Jay Rock) accompagné du petit dernier de TDE, Lance Skiiiwalker qui apporte -déjà- réellement sa touche aérienne et perchée.

Get yours, get yours, get yours by any means

Malgré un vent qui souffle enfin en sa faveur, Quincy M.Hanley ne se repose pas sur ses lauriers et retourne au charbon, tout en encourageant ces compères de galère à redoubler d’effort pour qu’eux aussi, puissent percer leur trou. Par tous les moyens possibles (cf. « By Any Means »), reprenant l’expression de Malcolm X. Que ça soit par la violence ou par l’illégalité, un homme doit subvenir aux besoins des siens. ScHoolboy Q, lui-même, est tombé dedans dès son intégration du collège « JoHn Muir » (dont le clip est tout simplement génial – à regarder ci-dessous – la légende dit que ce morceau a entièrement été freestylé) en vendant de la drogue et en intégrant un gang affilié au Crip (« Str8 Ballin » et « Ride Out » contant cette facette de l’ancienne vie du rappeur – et ça tabasse sec, avec une apparition remarquée de Vince Staples).

Malgré ce passé hanté par les violences et malfaisances, le membre des Black Hippy a changé sa vie du tout au tout pour le bien de sa fille, Joyce, pour lui offrir la vie qu’il n’a pas eu et l’éloigner du mal environnant. Il le dit bien dans « Blank Face » : « Playin’ tootH fairy / Santa before I’m buried / Easter egg Huntin’, pickin’ seeds out tHe pumpkin / Six years straigHt tHe valentine for my munchkin / I made a queen outta notHin ».

My homie facin’ life, told me that my pride my biggest enemy

Au-delà d’une protection paternelle envers sa fille, ScHoolboy Q implore la paix entre gangs dans le vibrant « Back THoughts ». Les bavures policières faisant suffisant de dégâts en l’état, il est grand temps de s’unir face à l’ennemi commun et de cesser de s’entretuer. Une maturité résumée dans la phrase : « Real n*gga shit, all lives matter, both sides ».

Une maturité dans le contenu mais aussi dans la forme. En effet, là où OXYMORON nous avait (très bien) donné ce que nous attendions, pour BLANK FACE LP Groovy Tony surprend quelque peu et s’ose à de nouveaux registres. Une versatilité qui est à souligner et une technique de flow prenant parfois l’auditeur de court, on a même du mal à comprendre comment il écrit parfois, à la limite du parler. Un caméléon au micro, bluffant. Là où Q étonne également c’est dans l’orientation très sombre de ce 4e album. Loin des bangers de son prédécesseur (cf. « Collard Greens », « Man of the Year » ou « Hell of a Night »), ici l’album ne présente aucun single apparent à part peut-être la pale copie de « Studio » avec Miguel qu’est « Overtime » – la tâche du projet avec l’immonde couplet de Kanye West qui vient ruiner le premier élan de l’album sur « THat Part ».

Niveau production, on retrouve pas mal de têtes connues qui avaient contribué à OXYMORON et c’est aussi ça qui est intéressant. Une « même » équipe, pour deux projets relativement différents. Alchemist, Nez & Rio (qui confirment leur talent), Sounwave, Tae Beast et même Swizz Beatz qui se retrouve sur « Lord Have Mercy » et qui, une fois n’est pas coutume ces dernières années, nous propose quelque chose de très cohérent et qui colle. On peut aussi relever la deuxième utilisation du trio Tyler, The Creator / Tha Dogg Pound / ScHoolboy avec « Big Body », sauf que cette fois le membre fondateur de Odd Future ne signe que la production et ne pose pas au micro, contrairement à « The Purge ».

On ne peut faire l’éloge de cet album sans parler de l’alchimie perçue entre Anderson .Paak et le signé chez TDE. Déjà ressenti sur le dansant « Am I Wrong » présent sur MALIBU, ici les apparitions sur « TorcH » (même si non crédité) et « Blank Face » du petit dernier de chez Aftermath se font remarquées et de forte belle manière. Il y a quelque chose entre ces deux artistes, quelque chose qui doit se poursuivre dans le futur…

Oh, we might die for this shit, n*gga

Alors pourquoi cette fascination pour les visages cagoulées ScHoolboy ? Est-ce vraiment une fascination ? Ou est-ce une manière de pouvoir incarner différents personnages ? Le visage de la brute, celui qui participe aux activités de gang avec les Crips. Ou bien celui du bon, père d’une fille de 6 ans qui ferait tout pour lui cacher les fantômes d’un sombre passé. Au final ScHoolboy Q c’est tout ça, c’est même en train de devenir, à terme, le OG encourageant les jeunes pousses californiennes à poser les armes. Une sorte de Many-Faced God (là c’est pour les initiés à Game of Thrones) capable d’incarner toutes ces facettes à la fois et de devenir à peu près n’importe quel rappeur sur n’importe quel beat. Une versatilité et une richesse dans le talent que l’on n’aurait pas, à ce point, soupçonné.

4,25/5

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