Il y a des ruptures qui marquent. Des ruptures qui vous envoient au fond du trou et vous font errer comme une âme en peine. Et puis il y a des ruptures qui vous rendent plus forts et qui vous font bomber le torse pour vous affirmer davantage. C’est ce type de rupture qu’a traversé YG l’an dernier en mettant fin à sa relation (artistique bien entendu) avec son ami de longue date et producteur DJ Mustard. Toujours fourrés ensemble, le debut album du rappeur californien ressemblait davantage à un projet collaboratif des deux compagnons qu’un réel projet solo. Exit Dijon McFarlane (d’où DJ Mustard voyez-vous), Young Gangsta prend son envol pour la suite de MY KRAZY LIFE, simplement intitulé STILL BRAZY.

« Twitst My Fingaz » a mis le feu aux poudres et nous a fait secouer la tête en faisant des gang signs depuis un an (merci à l’ingénieux Terrace Martin pour ce bijou d’instrumental), en attendant le reste impatiemment.

L’introduction de STILL BRAZY est au contrepied de celle de MY KRAZY LIFE, dans laquelle sa mère l’avertissait qu’il finirait comme son père et ses histoires de gangs. Ici, c’est son père qui reproche à la mère de YG d’être devenu ainsi car elle n’a pas voulu l’éloigner de Los Angeles et sa vie de rue. Ce retournement de situation symbolise à la perfection ce deuxième album, catégoriquement différent de son prédécesseur. Si YG revendique qu’il est « the only one who made it out the West without Dre », il ne pourra nier qu’il utilise massivement un son que le producteur légendaire a aidé à populariser grâce à THE CHRONIC et CHRONIC 2001 : le g-funk. Ce son qui pousse à balancer la tête d’avant en arrière et de l’arrière vers l’avant, sans même s’en rendre compte. Un sentiment inexplicable, quasi mystique que l’on retrouve tout au fil des pistes de ce projet, de « Gimmie Got Shot » à « She Wish She Was » en passant par « I Got A Question », sur lequel Weezy sonne réellement comme un rappeur Californien.

Bompton! That where I’m from, shit is not allowed
Y’all out of bounds, keep that out of town shit out of town
You wasn’t banging out of town, it’s too late to holla now
Woah! I’mma get the OGs on board
And press the issues on you suckers oh lord!
Whoa! Or hit you with a price you can’t afford
Then catch yo ass slipping at the BET Awards

Au-delà d’une production aux petits oignons caramélisés (on applaudit bien chaleureusement DJ Swish et 1500 or Nothin notamment), c’est aussi sur le fond que YG évolue et grandit sur cet album. On en avait eu un (bref) extrait avec le bête et méchant « F*ck Donald Trump » mais en écoutant le tout on ne peut que concéder que STILL BRAZY est chargé de messages sociaux-politiques. « Black & Browns » fait un état des lieux de la discrimination dont sont victimes les afro-américains et les hispaniques sur un son g-funk délicat et une mini boucle de piano saisissant la gravité de cet état des lieux fait de fortes belles manières par YG et Sad Boy.

We need to stop hating on what the next black got
Give him his props to figure out how he ran shop
So our kid’s kid’s can be good
On a house in the hills, and with a house out in the hood

(…)

We killing ourselves, they killing us too
They distract us with entertainment while they get they loot
They never gave us what they owed us, put liquor stores on every corner
Welcome to Lost Skanless, California

STILL BRAZY se différencie (largement) de son ainé qui nous avait proposé de la musique consommable et non recyclable. YG fait preuve d’une réelle maturité, d’une consistance et d’une évolution remarquables. En rendant ainsi hommage (volontairement ou non) aux sons westcoast des années 80-90, le rappeur de Compton  nous rappelle au bon souvenir du si doux son g-funk. La démarche fait presque penser à la nouvelle génération eastcoast qui revient pas mal aux origines du son boom-bap de New York, comme Joey Bada$$ peut le faire avec ses collègues de Pro Era. Au-delà d’un projet maitrisé de A à Z musicalement, YG marque un grand coup sur le contenu qu’il nous propose. Une introduction sur un glaciale « Don’t Come To LA » et une conclusion par « Police Get Away Wit Murder » ne permettent pas d’y échapper, le rappeur de 25 ans tient à véhiculer haut et fort ses messages. Il ne faut pas se  tromper, STILL BRAZY est un grand album qui marquera 2016 et les années à venir. Un projet gangsta rap aussi chargé en sujets sociaux n’avait plus vu le jour depuis bien longtemps et est un digne héritier des Ice Cube, N.W.A. ou même Public Enemy.

4,9/5

P.S. : Et YG n’est pas enrhumé sur le titre « Bool, Balm & Bollective », digne héritier de « Bicken Back Beign Bool » de MY KRAZY LIFE, non. Il est tout simplement Blood et évite -autant que possible- de commencer les mots par la lettre C, lettre du gang rival des Crips, en les remplaçant par le B de Bloods.

Soutenez YG en achetant l’album STILL BRAZY.

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