Damso – BATTERIE FAIBLE

Damso – BATTERIE FAIBLE

Un couplet sur « Pinocchio » de NERO NEMESIS de Booba fin 2015 et le buzz de Damso a vite pris de l’ampleur aux six coins de l’hexagone. À tel point que le jeune belge s’est vu signer sur le label du rappeur de Boulogne pour -déjà, 6 mois après- nous proposer son premier album sous l’écusson 92i : BATTERIE FAIBLE.

Suite de la chronique sur Now Playing Mag.

YG – STILL BRAZY

YG – STILL BRAZY

Il y a des ruptures qui marquent. Des ruptures qui vous envoient au fond du trou et vous font errer comme une âme en peine. Et puis il y a des ruptures qui vous rendent plus forts et qui vous font bomber le torse pour vous affirmer davantage. C’est ce type de rupture qu’a traversé YG l’an dernier en mettant fin à sa relation (artistique bien entendu) avec son ami de longue date et producteur DJ Mustard. Toujours fourrés ensemble, le debut album du rappeur californien ressemblait davantage à un projet collaboratif des deux compagnons qu’un réel projet solo. Exit Dijon McFarlane (d’où DJ Mustard voyez-vous), Young Gangsta prend son envol pour la suite de MY KRAZY LIFE, simplement intitulé STILL BRAZY.

« Twitst My Fingaz » a mis le feu aux poudres et nous a fait secouer la tête en faisant des gang signs depuis un an (merci à l’ingénieux Terrace Martin pour ce bijou d’instrumental), en attendant le reste impatiemment.

L’introduction de STILL BRAZY est au contrepied de celle de MY KRAZY LIFE, dans laquelle sa mère l’avertissait qu’il finirait comme son père et ses histoires de gangs. Ici, c’est son père qui reproche à la mère de YG d’être devenu ainsi car elle n’a pas voulu l’éloigner de Los Angeles et sa vie de rue. Ce retournement de situation symbolise à la perfection ce deuxième album, catégoriquement différent de son prédécesseur. Si YG revendique qu’il est « the only one who made it out the West without Dre », il ne pourra nier qu’il utilise massivement un son que le producteur légendaire a aidé à populariser grâce à THE CHRONIC et CHRONIC 2001 : le g-funk. Ce son qui pousse à balancer la tête d’avant en arrière et de l’arrière vers l’avant, sans même s’en rendre compte. Un sentiment inexplicable, quasi mystique que l’on retrouve tout au fil des pistes de ce projet, de « Gimmie Got Shot » à « She Wish She Was » en passant par « I Got A Question », sur lequel Weezy sonne réellement comme un rappeur Californien.

Bompton! That where I’m from, shit is not allowed
Y’all out of bounds, keep that out of town shit out of town
You wasn’t banging out of town, it’s too late to holla now
Woah! I’mma get the OGs on board
And press the issues on you suckers oh lord!
Whoa! Or hit you with a price you can’t afford
Then catch yo ass slipping at the BET Awards

Au-delà d’une production aux petits oignons caramélisés (on applaudit bien chaleureusement DJ Swish et 1500 or Nothin notamment), c’est aussi sur le fond que YG évolue et grandit sur cet album. On en avait eu un (bref) extrait avec le bête et méchant « F*ck Donald Trump » mais en écoutant le tout on ne peut que concéder que STILL BRAZY est chargé de messages sociaux-politiques. « Black & Browns » fait un état des lieux de la discrimination dont sont victimes les afro-américains et les hispaniques sur un son g-funk délicat et une mini boucle de piano saisissant la gravité de cet état des lieux fait de fortes belles manières par YG et Sad Boy.

We need to stop hating on what the next black got
Give him his props to figure out how he ran shop
So our kid’s kid’s can be good
On a house in the hills, and with a house out in the hood

(…)

We killing ourselves, they killing us too
They distract us with entertainment while they get they loot
They never gave us what they owed us, put liquor stores on every corner
Welcome to Lost Skanless, California

STILL BRAZY se différencie (largement) de son ainé qui nous avait proposé de la musique consommable et non recyclable. YG fait preuve d’une réelle maturité, d’une consistance et d’une évolution remarquables. En rendant ainsi hommage (volontairement ou non) aux sons westcoast des années 80-90, le rappeur de Compton  nous rappelle au bon souvenir du si doux son g-funk. La démarche fait presque penser à la nouvelle génération eastcoast qui revient pas mal aux origines du son boom-bap de New York, comme Joey Bada$$ peut le faire avec ses collègues de Pro Era. Au-delà d’un projet maitrisé de A à Z musicalement, YG marque un grand coup sur le contenu qu’il nous propose. Une introduction sur un glaciale « Don’t Come To LA » et une conclusion par « Police Get Away Wit Murder » ne permettent pas d’y échapper, le rappeur de 25 ans tient à véhiculer haut et fort ses messages. Il ne faut pas se  tromper, STILL BRAZY est un grand album qui marquera 2016 et les années à venir. Un projet gangsta rap aussi chargé en sujets sociaux n’avait plus vu le jour depuis bien longtemps et est un digne héritier des Ice Cube, N.W.A. ou même Public Enemy.

4,9/5

P.S. : Et YG n’est pas enrhumé sur le titre « Bool, Balm & Bollective », digne héritier de « Bicken Back Beign Bool » de MY KRAZY LIFE, non. Il est tout simplement Blood et évite -autant que possible- de commencer les mots par la lettre C, lettre du gang rival des Crips, en les remplaçant par le B de Bloods.

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Havoc & The Alchemist – THE SILENT PARTNER

Havoc & The Alchemist – THE SILENT PARTNER

Kejuan Muchita, mieux connu sous son nom de scène Havoc n’est plus à présenter. Il fait parti des murs du rap américain. Révélé via le groupe légendaire Mobb Deep il y a plus de 20 ans, aussi bien derrière le micro que derrière les platines. En effet, Havoc est également un producteur de renom qui a préparé des petits plats pour des artistes en tout genre : Nas, Biggie, Eminem et même Rohff (si si, c’est pas une blague). Plus récemment il a participé à THE LIFE OF PABLO de Kanye pour le titre « Famous » notamment. Pour THE SILENT PARTNER, il laisse tout ce travail à son compère de longue date The Alchemist et imite son binôme de groupe Prodigy, pour lequel Al a déjà produit deux albums entiers (RETURN OF THE MAC en 2007 et plus récemment ALBERT EINSTEIN en 2013).

THE SILENT PARTNER c’est le titre d’un film de ’78 racontant l’histoire d’un banquier qui va commettre un vol dans son propre établissement en profitant du projet d’un voleur potentiel, son partenaire de crime involontaire. THE SILENT PARTNER ici c’est The Alchemist, le producteur du projet que l’on entend pas une fois (alors qu’on sait qu’il aime de plus en plus poser sa voix sur ses beats). Le terme de « partner » est parfaitement choisi car on connait l’alchimie qui existe entre ces deux-là. C’est une espèce de recette magique qui donne lieu à de purs moments de beauté. « Impose My Will » en est le premier exemple marquant, une introduction mettant le projet sur les meilleurs auspices et qui nous glace l’échine en même temps.

Fuck the love, it’s the fear that make ’em obey you

42 ans et le rappeur New Yorkais n’a rien perdu de l’obscurité de ses textes et la froideur de ses rimes. Son vécu l’a même rendu d’autant plus aigri et macabre. Une angoisse type « La mort au trousse » nous poursuit tout au long de cet album qui nous enchante pourtant morceau après morceau. Un enchantement d’y retrouver des vieux briscards tel Method Man sur l’incroyable « Buck 50’s & Bullet Wounds », ce titre en ravira plus d’un.

Boy, bullet holes in the lobby door
If you thinking that i’m a problem, I’m probably yours
Back with the brown, I got ’em leaning like Bobby jaw
Might catch a body and drop it off in somebody’s drawer

On retrouve également Cormega, du haut de ses 46 ans qui nous propose probablement l’un des meilleurs couplets de l’album sur « Hear Me Now » dans lequel il rend un hommage poignant à l’un des amis partis trop tôt et dont la mort le hante toujours. Enfin, pour terminer de parler de papy, on retrouve (évidemment) Prodigy en troisième et dernier invité de la galette (« The Gun Holds A Drum »).

Pour my heart and soul in everything I ever loved
Call me greedy when I get it, it be like a drug
We want more like Prince said it never satisfied
I’m going for the jugular when I’m attacking mines

THE SILENT PARTNER c’est l’énième preuve que Alchemist et Havoc (ou plus globalement Mobb Deep) est une recette qui marchera éternellement faut croire. Aucun déchet dans la mixture, un plaisir et une douceur pour nos oreilles « front to back ». On ne s’ennuie pas, le format court s’assimile à une séance d’hypnose qui nous envoute durant un peu plus de 37 minutes. Les productions irréprochables d’Alchemist enveloppe le tout tel du velours. Un travail d’orfèvre et des samples dont lui seul à la secret, depuis toutes ces années… Une petite merveille qui fait briller les lettres N.Y.C. une nouvelle fois (même si Al vient de Californie, oui ça va je sais).

4,25/5

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