De ses projets en tant que membre de Slum Village à son premier album solo, THE PREFACE (2008), eLZhi a longtemps été reconnu comme l’une des plumes les plus aiguisées de Détroit. Jusqu’à son hommage au classique de NaS ILLMATIC, qui a d’ailleurs fêté ses 22 ans il y a peu, avec la mixtape acclamé par la critique : ELMATIC. Depuis, silence radio et beaucoup s’étaient résolus à ne jamais entendre une note de LEAD POISON, tel DETOX de Dr. Dre.

Un album pour thérapie

Cette traversée du désert de 8 ans, eLZhi la justifie au fur et à mesure de ce deuxième album. De la perte d’êtres proches (celle du légendaire J Dilla notamment sur l’incroyable « February »), à la brouille avec T3 des Slum Village le conduisant à quitter le groupe (« CoSIGN ») en passant par des travaux d’intérêt général (« Weedipedia »). C’est vers la bouteille plutôt que vers le stylo que le pourtant très talentueux emcee s’est tourné. Et quand bien même le natif de Détroit a tenté de reprendre son envol, sa dépression et le fameux writer’s block (syndrome de la feuille blanche) l’ont cloué au sol.

Oh February, February
You took a friend from me who wasn’t just some celeb you buried
He inspired us all musically
You came around and changed things, I want it how it used to be

« Medicine Man » synthétise parfaitement cet état d’esprit : des balbutiements en introduction et puis s’avouer qu’il faut parler et rapper de ses maux pour s’en défaire, tel un exutoire (« The Healing Process »). eLZhi a trop été encombré par ses pensées par le passé, c’est réellement cette peine qu’il a trainée depuis quelques années, sans rien laisser transparaître. La pochette de l’album correspond d’ailleurs parfaitement à cela et au projet globalement.

L’introspection n’est pas le seul sujet abordé. eLZhi fait également preuve de ses talents en story-telling sur des morceaux qui trouvent parfaitement leur place sur la galette, sans jamais jurer avec le sujet principal. Le rappeur imagine notamment qu’il se transforme en vampire sur l’angoissant « She Sucks » avec une production stridente, collant parfaitement au thème, de Agor. L’ancien membre de Slum Village se livre également à un exercice bluffant sur « Hello!!!!! » dans lequel il (ré)invente des métaphores et jeux de mots épatants liés au procédé d’enregistrement d’un morceau et celui d’écoute de l’auditeur. Pour en terminer avec l’intelligence d’eLZhi, on ne peut omettre « Misright ». La quête de « Miss Parfaite » littéralement, durant laquelle il a rencontré des « miss » avec qui ça ne collait pas (« Misunderstood », « Mistake », « Miscommunication » ou encore « Mislead »).

Maybe you’re talking over me
Or turn the volume down
Or cut me off mid-sentence
I’m painstakingly furious
You could be asleep but you need you brain awake to be curious
Cause I’m really here on the other side of your speaker
And what’s standing between us is some wires and a tweeter

Avec LEAD POISON, eLZhi démontre encore une fois qu’il est l’ un des rappeurs et lyricistes les plus doués de sa génération (et pas que). Un flow impeccable qui ne s’est pas encrassé avec le temps (« The Healing Process » le prouve parfaitement) et une énergie retrouvée. Même pour « Two 16’s » sur lequel on pense avoir droit à deux couplets de 16 mesures type freestyle, eLZhi nous raconte en fait une histoire de deux adolescents de 16 ans au destin lié, et c’est superbe !

Le seul (vrai) point qui mérite d’être revu est la production. Parfois trop sombre et manquant de mordant (contrairement à l’énergie du rappeur), on souhaiterait parfois que ça décolle davantage. Bien que le thème de l’album soit globalement la dépression et le mal-être, si on devait être tatillon on pourrait s’attarder sur cet aspect d’un excellent album néanmoins.

4/5

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