PLAYLIST ÉTÉ 2017

PLAYLIST ÉTÉ 2017

Rest In Peace Prodigy !

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Freddie Gibbs – YOU ONLY LIVE 2WICE

Freddie Gibbs – YOU ONLY LIVE 2WICE

Quatre mois derrière les barreaux ont privé Freddie Gibbs de la fin de sa tournée européenne 2016 et de sa toute première fête des pères. Si il souhaite mettre ses déboires judiciaires derrière lui et aller de l’avant, le rappeur natif de Gary, Indiana prend le recul nécessaire suite à cette douloureuse expérience. YOU ONLY LIVE 2WICE prend la suite de SHADOW OF A DOUBT (2015) et arrive à point nommé, tant il avait manqué à ses fans, et au milieu rap.

La traversée du désert, imagée dans le clip du single « Crushed Glass », lui aura au moins inspiré ce nouveau projet. En effet, YOU ONLY LIVE 2WICE a été écrit dans son intégralité en prison. On ressent réellement que Freddie a eu du temps pour lui, pour réfléchir sur sa vie, ressasser son passé hors des lois et imaginer son avenir de père modèle.

Dans ce passé, Gibbs s’est remémoré certaines femmes de sa vie dans « Alexys » sur une fabuleuse production signée KAYTRANADA & BADBADNOTGOOD, « Andrea » ou encore « Dear Maria » qui se présente comme une lettre d’excuse par rapport à cette fameuse Maria, qui l’avait pourtant traitée de la meilleure des manières confesse le rappeur. Via ces différents morceaux une certaine nostalgie prend le pas sur l’égotrip et la trap pure et dure traditionnelle de Freddie Kane – l’époustouflant « Amnesia » est un condensé très juste de ces deux facettes.

I be kickin’ shit like Solange in the elevator

Là où réside l’originalité de cet album, c’est la profondeur et la sincérité des textes. Pour l’une des toutes premières fois, Freddie Gibbs se livre et parle de sa vie privée : ses proches qui sont absents depuis son arrestation en Europe, les femmes de son passé et son présent, le décès de son oncle (« Big Time Watts ») pendant son tour en calèche et de sa vision de la vie post-carcérale.

N*gga get a watch, and a couple chains, think he harder than you
Drop the jewelry, grow some dreads, think he smarter than you
Please yourself or please your homies, man, what’s harder to do?
Did some things in life I know I don’t want my daughter to do
Shit, got a list of things I don’t want my daughter to do

Le gangster de Gary s’humanise en brisant la glace et cette image distante d’un homme dur à l’attitude froide. Ainsi, on comprend la personne et les changements qui ont suivi son retour chez lui ; quand ses amis se sont volatilisés et sont devenus ses rivaux. Une nouvelle perspective se révèle à ses yeux sombres, une renaissance. C’est le sens pas si caché de YOU ONLY LIVE 2WICE, parfaitement retranscrit dans l’ultime piste « Homesick » dans laquelle ces sentiments d’amertume, de nostalgie et d’espoir se cristallisent sur une instrumentale au piano pleinement adaptée aux sujets graves évoqués.

Le « grand » retour de l’un des cinq meilleurs rappeurs en vie (c’est l’intéressé qui le dit, pas moi) se poursuivra, on l’espère, cette année avec BANDANA ; suite logique de COCAINE PINATA, album collaboratif avec Madlib. D’après les dires de Freddie Gibbs, son travail est terminé vis-à-vis de ce projet, tous ses couplets sont enregistrés. La balle est dans le camp du producteur californien. Le monde du rap est prêt et attend avec impatience le nouveau joyau du duo Madgibbs.

Syd – FIN

Syd – FIN

Discrète est un euphémisme pour décrire l’éternelle réservée DJ de Odd Future. Dorénavant propulsée sur le devant de la scène, presque malgré elle, avec son groupe The Internet, Syd tha Kid doit mettre à mal sa timidité maladive. Comme pour aller dans le fond des choses et affronter seule ses peurs, la chanteuse nous propose un premier album en solitaire : FIN. En aucun cas cette démarche personnelle ne signifie la mort du collectif, soyons donc rassurés et profitons pleinement, en toute détente de l’effort individuel de la californienne.

L’anonymat se levant peu à peu, c’est avec le vent en poupe que Syd avoue qu’aujourd’hui, c’est elle le point d’intérêt (« All About Me »). Avec un coup de pouce de son compère Steve Lacy pour ce premier single, la chanteuse bombe le torse et s’affirme. Que sa voix d’ange innocent ne nous trompe pas, son ton rauque et parfois même glacial nous rappelle qu’elle aussi gagne en confiance, sa notoriété florissante (« Shake ‘Em Off »).

Introduce you to the new me, my life’s a movie
All I need is a Karreuche, these women choosing
Hop yo ass in this jacuzzi and bring it to me
You know I’m the truth but you wanna see the proof well

Sa musique adoucit les mœurs en même temps de lui servir d’exutoire. Ses émotions transpirent au travers de chaque note émanant de son organe vocale. Ses déceptions amoureuses, les coups bas reçus, les nuits blanches de doute. Tous ces maux les plus intimes que l’on pressentait dans son travail au sein de The Internet, Syd se permet d’être davantage elle, sa propre personne et d’exposer ses faiblesses aussi bien que ses forces.

En effet, Sydney Bennett ne dupe pas tout son monde : malgré son gain en assurance et sa prise d’aplomb, l’ultime morceau (« Insecurities ») est là pour remettre les points sur les « i » : le manque de confiance en soi ne lui permet pas de quitter la fille qu’elle fréquente alors qu’elle sait pertinemment qu’elle mérite mieux.

You can thank my insecurities
For keeping me around you babe
I pack my bags but never leave
‘Cause it’s so hard to walk away

« Ne jamais juger un livre à sa couverture », la première phrase qui vient en tête lorsque l’on se fait envouter par la délicatesse de Syd. La surprise, l’émotion puis la quiétude. Un timbre grave fait place à la voix suave. Le phrasé court, presque rappé, va ensuite caresser les plus hautes notes atteignables pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

De Aaliyah jusqu’au chopped-n-screwed, les influences entendues sur FIN sont diverses et très variées. Ce qui rend l’œuvre globale intemporelle, comme suspendue au fil du temps, pour ne jamais toucher terre pour s’y poser. La délicate et précieuse Syd s’affirme, seule et forte mais toujours entourée de ses n*ggaz, pour toujours.

Today I’m only human, but know that when I die
My grave gone be my music, my soul is living through it baby

Soutenez Syd en achetant FIN.

Lupe Fiasco – DROGAS LIGHT

Lupe Fiasco – DROGAS LIGHT

Deux années se sont écoulées depuis la sortie de TETSUO & YOUTH, l’album qui a réconforté une large partie de ses adorateurs de la première heure et Lupe Fiasco (j’en avais parlé ici à l’époque). On s’est dit (nous les fans) qu’avec cet ultime album au sein du diabolique label Atlantic Records, le rappeur de Chicago quittait pour de bon les méandres dans lesquels il était plongé depuis une dizaine d’années. Il s’est même dépêché d’annoncer une trilogie suite à ce départ tant attendu : DROGAS LIGHT, DROGAS et SKULLS.

Suite de la chronique sur NowPlaying Magazine.

PALMARÈS – Année 2016

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#10 : Apollo Brown & Skyzoo – The Easy Truth

On y est habitué depuis maintenant quelques années, Apollo Brown dispense des petites mixtures que l’on digère sans cesse sans souci. Preuve en est, il propose plus d’un projet par an (cf : l’album d’Ugly Heroes sorti également en 2016). Ici, avec au micro le compère Skyzoo. Exemple de simplicité et pourtant laissant une trace unique, THE EASY TRUTH s’apprécie comme un bon vieux rhum fort en âge.

j

Tiers-Monde

#9 : Tiers Monde – No Future

Après un premier essai partiellement accompli (cf: TOBY OR NOT TOBY), la moitié de Bouchées Doubles se lance une deuxième fois dans l’exercice de l’album solo avec NO FUTURE. Plus consistant et surtout cohérent, Tiers Monde semble avoir trouvé son rythme de croisière sur ce projet. Des textes touchants retranscrivant le malaise et l’élitisme lattant de notre société moderne. Cet album fait néanmoins preuve d’optimisme, comme quoi la solidarité n’est pas pour autant morte. Une vraie belle réussite.

j

ScHoolboy

#8 : ScHoolboy Q – Blank Face LP

Il est arrivé masqué – une fois de plus – pour tout défouraillé, les dents qui rayent le parquet. Pourtant, une fois n’est pas coutume, ScHoolboy Q s’essaie ici à des exercices plus périlleux, là où on ne l’attend pas. Des prises de risques fortes appréciables et à encourager. Un accès plus difficile au premier abord pour l’auditeur certes mais une empreinte plus marquée sera laissée à long terme. Le rappeur de TDE continue de grandir et sa musique, elle, s’élève vers d’autres niveaux, encore inexplorés.

j

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#7 : Mick Jenkins – The Healing Component

Avec son premier album Mick Jenkins nous apprend à nous aimer et à aimer les autres. Une fable moderne conté par la voix rauque du prodige de 25 ans. Une faible exposition pour un des plus beaux albums de 2016 qui transforme les essais précédents de Mick. Qui aurait cru que ce bel espoir d’amour nous viendrait de Chicago, l’une des plus violentes villes des États-Unis ?

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#6 : Z-Ro – Drankin & Drivin

La même voix pour la même magie. Chaque nouvel album de Z-Ro s’accompagne toujours de l’excitation d’assister à la genèse d’un héritage qui sera tellement dur, voir même impossible à assumer pour les générations à avenir. DRANKIN & DRIVIN n’invente rien dans les thèmes mais nous enchante toujours et hypnotise son auditoire à l’aide d’une formule proprement unique créée par un artiste devenu légende.

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#5 : PNL – Dans La Légende

Moins d’un an après LE MONDE CHICO les deux frères du 91 battent le fer tant qu’il est chaud en essayant de rentrer DANS LA LÉGENDE. S’éloignant encore un peu plus du rap « traditionnel » (même si ça ne veut rien dire) de leur début (QUE LA FAMILLE puis LE MONDE CHICO), PNL fait le choix d’enfoncer le clou-d rap dans leur identité musical. Un pari qui se révèle largement gagnant. Une nouvelle réussite pour les fans du genre, bien sûr.

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#4 : WestSide Gunn – Flygod

Sans aucune contestation possible ma révélation de l’année 2016 est WestSide Gunn. Un mélange savant d’influences actuelles et d’hommage au passé, tout ça saupoudré de boom-bap bien senti. Ajouter à cela une mythologie d’histoires de rue glaçantes et des références à la série mythique The Wire. On obtient l’un des plus beaux projets de 2016, l’un des plus complets, variés et pourtant cohérents. FLYGOD est une merveille. ENCORE !

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#3 : YG – Still Brazy

En parlant « d’hommage au passé », avec STILL BRAZY YG a redonné vie comme il se doit à la g-funk que l’on n’entendait plus tellement dans les derniers albums westcoast mainstream. Un sous-genre revisité et qui fait hocher la tête sans interruption aucune. Le rappeur de Bompton nous propose un deuxième album, bien plus convaincant que son aîné, au discours gangsta-rap et très chargé en sujets sociétaux et politiques/polémiques. Son single « F*ck Donald Trump » avait allumé les poudres et le feu d’artifice ne semble pas prêt de s’arrêter…

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#2 : Anderson .Paak – Malibu

Anderson .Paak était la révélation de 2015 par l’intermédiaire de COMPTON de Dr. Dre, 2016 aura connu sa confirmation avec l’exquis MALIBU. Dans la lignée de VENICE, le prodige à la voix unique nous conte ses histoires au rythme californien, des ballades comme des récits (bien) plus personnels. En plus d’être un auteur, compositeur, interprète hors pair, le dernier protégé d’André Young est une bête de scène et un incroyable batteur. À voir d’urgence.

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#1 : Kevin Gates – Islah

La première place de ce classement est occupée par ISLAH de Kevin Gates depuis le 29 janvier 2016. Ce choix n’en est pas un tellement c’était une évidence. Après des années de galères, de mixtapes et projets en tout genre, le natif de Baton Rouge propose -enfin- son premier album studio. Et quel album… 15 morceaux sans aucun feat comme pour prouver qu’il n’a besoin de personne et c’est bien le cas. Son timbre de voix, son talent au chant, ses flows. Tout ça offre une variété qui évite tout ennui pendant la globalité de l’album. Depuis le 30 août, l’album est officiellement certifié platine (1M d’exemplaires vendus), Kevin Gates n’a vraiment besoin de personne effectivement…

ScHoolboy Q – BLANK FACE LP

ScHoolboy Q – BLANK FACE LP

Que ce soit par l’influence de Ghostface Killah et son masque type Jason X, qu’il portait à ses débuts, ou une autre raison inexpliquée, ScHoolboy Q met en avant sur la pochette de ses projets sa fascination pour les visages cagoulés (excepté pour SETBACKS). BLANK FACE LP ne déroge pas à la règle, 4e album sous l’étendard Top Dawg et le second chez le poids lourd Interscope.

Told me stay in scHool, my dream was just a small percentage
Said a million wasn’t realistic
Last year I spent it, wHat’s tHe laws of pHysics ?

L’après succès d’OXYMORON n’a pas été si simple à vivre malgré les bénéfices engendrés. Entre les vieilles connaissances qui sont revenues par simple intérêt monétaire et les heures perdues avec sa fille, Q a mis pas mal de temps pour donner signe de la gestation d’un nouveau projet. On en serait presque venu à douter d’une quelconque envie de retour jusqu’à ce que « Groovy Tony » ne vienne foutre le feu aux poudres. Premier extrait explosif et cette fois l’hommage à Ghostface Killah aka Tony Starks n’est plus un doute. Wavy Q reprend son rôle de brut et de truand (laissant le rôle du bon à qui le voudra), une lame de couteau logée entre les dents et un semi-automatique au bout des doigts. Tout ça c’était même avant que le doyen Jadakiss vienne marquer le morceau au fer rouge avec sa voix que l’on reconnait parmi toute autre.

All I hear, « Gimme, gimme »
When y’all was sleepin’, who was workin’ with me

L’odeur de sang n’est pas la seule chose qui vient titiller les sens de ScHoolboy malgré tout. Non, un arrière goût lui reste dans la bouche également, une amertume quant aux profiteurs qui sont revenus vers lui suite à son récent succès. « Know Ya Wrong » cerne parfaitement l’état d’esprit dans lequel le rappeur de South Central est à ce sujet. Un morceau dans lequel ce dernier surprend par sa subtilité et sa musicalité. Bien servi par une production de Alchemist et J.LBS pour la seconde partie (qui reprend le synthé de « Gumbo » de Jay Rock) accompagné du petit dernier de TDE, Lance Skiiiwalker qui apporte -déjà- réellement sa touche aérienne et perchée.

Get yours, get yours, get yours by any means

Malgré un vent qui souffle enfin en sa faveur, Quincy M.Hanley ne se repose pas sur ses lauriers et retourne au charbon, tout en encourageant ces compères de galère à redoubler d’effort pour qu’eux aussi, puissent percer leur trou. Par tous les moyens possibles (cf. « By Any Means »), reprenant l’expression de Malcolm X. Que ça soit par la violence ou par l’illégalité, un homme doit subvenir aux besoins des siens. ScHoolboy Q, lui-même, est tombé dedans dès son intégration du collège « JoHn Muir » (dont le clip est tout simplement génial – à regarder ci-dessous – la légende dit que ce morceau a entièrement été freestylé) en vendant de la drogue et en intégrant un gang affilié au Crip (« Str8 Ballin » et « Ride Out » contant cette facette de l’ancienne vie du rappeur – et ça tabasse sec, avec une apparition remarquée de Vince Staples).

Malgré ce passé hanté par les violences et malfaisances, le membre des Black Hippy a changé sa vie du tout au tout pour le bien de sa fille, Joyce, pour lui offrir la vie qu’il n’a pas eu et l’éloigner du mal environnant. Il le dit bien dans « Blank Face » : « Playin’ tootH fairy / Santa before I’m buried / Easter egg Huntin’, pickin’ seeds out tHe pumpkin / Six years straigHt tHe valentine for my munchkin / I made a queen outta notHin ».

My homie facin’ life, told me that my pride my biggest enemy

Au-delà d’une protection paternelle envers sa fille, ScHoolboy Q implore la paix entre gangs dans le vibrant « Back THoughts ». Les bavures policières faisant suffisant de dégâts en l’état, il est grand temps de s’unir face à l’ennemi commun et de cesser de s’entretuer. Une maturité résumée dans la phrase : « Real n*gga shit, all lives matter, both sides ».

Une maturité dans le contenu mais aussi dans la forme. En effet, là où OXYMORON nous avait (très bien) donné ce que nous attendions, pour BLANK FACE LP Groovy Tony surprend quelque peu et s’ose à de nouveaux registres. Une versatilité qui est à souligner et une technique de flow prenant parfois l’auditeur de court, on a même du mal à comprendre comment il écrit parfois, à la limite du parler. Un caméléon au micro, bluffant. Là où Q étonne également c’est dans l’orientation très sombre de ce 4e album. Loin des bangers de son prédécesseur (cf. « Collard Greens », « Man of the Year » ou « Hell of a Night »), ici l’album ne présente aucun single apparent à part peut-être la pale copie de « Studio » avec Miguel qu’est « Overtime » – la tâche du projet avec l’immonde couplet de Kanye West qui vient ruiner le premier élan de l’album sur « THat Part ».

Niveau production, on retrouve pas mal de têtes connues qui avaient contribué à OXYMORON et c’est aussi ça qui est intéressant. Une « même » équipe, pour deux projets relativement différents. Alchemist, Nez & Rio (qui confirment leur talent), Sounwave, Tae Beast et même Swizz Beatz qui se retrouve sur « Lord Have Mercy » et qui, une fois n’est pas coutume ces dernières années, nous propose quelque chose de très cohérent et qui colle. On peut aussi relever la deuxième utilisation du trio Tyler, The Creator / Tha Dogg Pound / ScHoolboy avec « Big Body », sauf que cette fois le membre fondateur de Odd Future ne signe que la production et ne pose pas au micro, contrairement à « The Purge ».

On ne peut faire l’éloge de cet album sans parler de l’alchimie perçue entre Anderson .Paak et le signé chez TDE. Déjà ressenti sur le dansant « Am I Wrong » présent sur MALIBU, ici les apparitions sur « TorcH » (même si non crédité) et « Blank Face » du petit dernier de chez Aftermath se font remarquées et de forte belle manière. Il y a quelque chose entre ces deux artistes, quelque chose qui doit se poursuivre dans le futur…

Oh, we might die for this shit, n*gga

Alors pourquoi cette fascination pour les visages cagoulées ScHoolboy ? Est-ce vraiment une fascination ? Ou est-ce une manière de pouvoir incarner différents personnages ? Le visage de la brute, celui qui participe aux activités de gang avec les Crips. Ou bien celui du bon, père d’une fille de 6 ans qui ferait tout pour lui cacher les fantômes d’un sombre passé. Au final ScHoolboy Q c’est tout ça, c’est même en train de devenir, à terme, le OG encourageant les jeunes pousses californiennes à poser les armes. Une sorte de Many-Faced God (là c’est pour les initiés à Game of Thrones) capable d’incarner toutes ces facettes à la fois et de devenir à peu près n’importe quel rappeur sur n’importe quel beat. Une versatilité et une richesse dans le talent que l’on n’aurait pas, à ce point, soupçonné.

4,25/5

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Z-Ro – DRANKIN’ & DRIVIN’

Z-Ro – DRANKIN’ & DRIVIN’

Z-Ro a soufflé ses 18 bougies de carrière en juin dernier et et célébrera ses 40 ans dans moins de six mois maintenant. Souvent qualifié – et à juste titre – d’artiste « underrated » et peu exposé médiatiquement, le rappeur/chanteur/producteur venant de Houston bénéficie pourtant d’une énorme cote auprès de l’underground du sud (et de partout ailleurs) des États-Unis. Ses fans ne se laissent pas démonter lorsqu’on affirme que Nate Dogg est le meilleur rappeur/chanteur que le rap us n’est jamais connu. Pour eux, Joseph W. McVey mérite tout autant, voir davantage, ce titre.

Le débat reste ouvert, toujours est-il que Z-Ro nous propose avec DRANKIN’ & DRIVIN’ son 19e album. Une longévité et une régularité (un album ou mixtape ou EP, voir deux, par an et cela depuis plus de 15 ans) hors du commun qui lui octroie une place et un statut unique dans le hall of fame. Incroyable.

Évidemment avec autant de matière, il est difficile d’être innovant et original à chaque coup. Pourtant, The Mo City Don parvient de manière remarquable à sans cesse trouver de nouvelles nuances de couleurs dans ses œuvres dépeintes. Fasciné par la drogue sous toutes ses formes (cf. ses albums CRACK, COCAINE, HEROIN ou encore METH), Ro nous propose ici un projet d’ambiance lay-back, comme souvent, qui nous plonge dans un état second à écouter au volant de son bolide.

Z-Ro a fait un art de parler crument en faisant sonner cela telle de la poésie. Des mélodies apaisantes pour des textes pour le moins offensant. Que cela soit destiné à ses haters de toujours, qui n’ont jamais souhaité sa réussite, ou bien tout simplement la gente féminine en générale, tous en prennent pour leur grade. On peut notamment relever le premier extrait « Women Men » – qui reprend bien sûr la mélodie de « Many Men » de 50 Cent.

Ro aborde également des sujets plus concrets, en particulier sur « Baby Momma Blues » dans lequel il parle de l’amour qu’il porte à sa fille mais que la mère de celle-ci l’empêche de le voir et s’en sert comme pression pour obtenir de l’argent en contre-partie. On relève aussi que le seul featuring sur le projet est l’œuvre de Krayzie Bone, membre du groupe légendaire Bone-Thugs-N-Harmony que Z-Ro a déjà mentionné comme influence, avec l’émouvant « Since We Lost Y’all », pour leurs proches partis trop tôt.

DRANKIN’ & DRIVIN’ est un projet extrêmement cohérent de par sa durée (seulement 13 morceaux) et de par la qualité présente de façon ininterrompue. Ce 19e album du rappeur sudiste ne souffre d’aucun déchet et en fait donc une bande originale parfaite pour sillonner les routes en pleine nuit sans ne plus jamais vouloir s’arrêter. Boire ou conduire, Z-Ro nous permet de faire les deux à la fois, avec modération bien sûr.

4/5

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